« La Fonction publique », avec Anicet Le Pors, conseiller d’État honoraire et ancien ministre.

le-lieu-uniqueHuma-café® numéro 127 vendredi  18 janvier 2019, à 18h, au Lieu Unique (Foyer haut). Rencontre animée par Clotilde Mathieu.

  La réforme actuelle de la fonction publique est à l’œuvre depuis bientôt un an. La réforme du Code du travail, celle du statut des cheminots ont déjà clairement montré vers quoi elle nous dirige et selon quelle logique : le contrat contre la loi, le lien employeur/employé contre le statut des fonctionnaires, la logique du marché et du développement économique contre celle du service public. Le gouvernement annonce 120 000 suppressions de postes… Mais peut-on évaluer ce qu’il faut de service public ? Quel ratio, quel quota dans la population ? Quel pourcentage de solidarité, quel tantième de cohésion sociale, d’égalité, toutes valeurs que garantit la fonction publique ? Maître d’œuvre du statut unifié des fonctionnaires inauguré par la loi du 13 juillet 1983, Anicet Le Pors reviendra sur l’histoire de la fonction publique. Un éclairage précieux pour comprendre les enjeux actuels et parler un peu d’avenir et d’intérêt général.

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Anicet Le Pors est Ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé de la Fonction publique et des Réformes administratives du gouvernement Pierre Mauroy, du 23 juin 1981 au 22 mars 1983, puis Secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargé de la Fonction publique et des Réformes administratives du gouvernement Pierre Mauroy (du 23 mars 1983 au 17 juillet 1984). La fonction publique, jusque-là limitée aux administrations de l’État, est étendue aux collectivités territoriales, aux établissements publics hospitaliers et aux établissements publics de recherche, faisant passer le nombre de fonctionnaires sous statut de 2,1 millions à quelque 5 millions.

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« Le 1er mai à Saint-Nazaire » – Projection et rencontre avec le réalisateur Marcel Trillat.

le-lieu-uniqueHuma-café® numéro 126 vendredi  21 décembre 2018, à 18h, au Lieu Unique (Foyer haut). Rencontre animée par Danielle Frétin.

   Marcel Trillat, jeune journaliste à l’ORTF en 1968, réalise avec Hubert Knapp un reportage pour cinq colonnes à la une sur une grève de plus de deux mois aux chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire, grève unitaire exceptionnellement longue qui a bénéficié d’une solidarité exemplaire et s’est terminée victorieusement. Ce reportage, que l’Huma-café®vous propose de voir, ne sera jamais diffusé sur les antennes de l’ORTF puisqu’il a été censuré. Licencié de l’ORTF après mai 68, Marcel Trillat collabore à l’Humanité Dimanche, anime ensuite la radio libre Lorraine cœur d’acier, entre à Antenne 2 en 1981 où il devient directeur adjoint de l’information en 1989. Il est administrateur (élu CGT) de France Télévisions de 2001 à 2006.

marcel trillat

La prison comme porte-voix : Thoreau et la désobéissance civile.

le-lieu-uniqueHuma-café® numéro 125 vendredi  23 novembre 2018, à 18h, au Lieu Unique (Foyer haut). Rencontre avec Angélique Thébert, animée par Dominique Landais.

La société n’aime pas ceux qui vivent à la marge. Pourtant, elle les sanctionne en les confirmant dans cette mise à l’écart : en les mettant en prison. Henry David Thoreau, poète et philosophe d’une Amérique asphyxiée par l’esclavagisme et l’esprit de commerce, en a fait l’expérience une nuit de juillet 1846. Mais cette tentative de le faire taire a été le tremplin pour lancer un appel universel à la résistance. Elle est à l’origine de l’écriture de son essai « Résistance au gouvernement civil », pamphlet contre le gouvernement et ses citoyens-complices, et source d’inspiration pour les « désobéissants ». Et si c’était dans ces supposés « non-lieux », dans ces voies de garage, que la voix portait le plus ? Et si c’était dans le confinement du cachot que l’amour de la liberté et de la justice résonnait le plus ? Saisissons l’occasion de réfléchir sur le lien entre l’expérience carcérale et le développement d’une éthique de la désobéissance civile.

angelique thebert

Maître de conférence au département de philosophie de l’Université de Nantes, Angélique Thébert enseigne la philosophie britannique classique. Elle a notamment publié Thoreau philosophe et poète américain penseur de la liberté (Livre’L, 2016 ).

La Tunisie en transition : Espoirs et inquiétudes de l’après-révolution ou la singularité tunisienne

le-lieu-uniqueHuma-café® numéro 124 vendredi  19 octobre2018, à 18h, au Lieu Unique (Foyer haut). Rencontre avec Sophie Bessis, animée par Pierre Daguet.

  Que sont les printemps arabes devenus ? Actuellement, la Tunisie semble à la croisée des chemins : s’engage-t-elle réellement dans la voie d’une construction démocratique, ou les contraintes intérieures et extérieures empêchent-elles sa mutation politique ? Après avoir passé en revue les principaux obstacles  à la construction d’une démocratie politique et sociale dans ce pays atypique du monde arabe, on essaiera de comprendre pourquoi sa trajectoire diffère autant de celle de ses voisins et pourquoi cette différence représente un espoir pour l’avenir.

BESSIS-SophieHistorienne et journaliste franco-tunisienne, Sophie Bessis est chercheuse associée à l’IRIS, secrétaire générale adjointe de la FIDH et consultante pour l’Unesco et l’Unicef. Ancienne rédactrice en chef à Jeune Afrique, elle est l’auteure, notamment, de La double impasse (2014, La Découverte), Les arabes, les femmes, la liberté (2007, Albin Michel), Les Valeureuses : cinq Tunisiennes dans l’histoire (2017, Elyzad).

 

La longue démarche de Josette Audin a enfin abouti.

Jean-Pierre Landais a ouvert le premier Huma-Café® de la saison en revenant sur le long combat de Josette Audin, à qui l’état français vient de demander officiellement pardon pour l’assassinat de Maurice Audin à Alger en 1957. Voici le texte de sa communication :

Maurice Audin par ernest pignon ernest

En 2005, L’Huma-café® programmait une séance historique  en réunissant :

– Simone de Bollardière, veuve du Général Jacques de Bollardière, né à Châteaubriant, qui s’élève au printemps 1957 contre la pratique de la torture. Il démissionne de l’armée au moment du putsch des généraux (avril 1961) et devient une figure de proue de la non-violence.

– 3 anciens séminaristes, confrontés à une sale guerre. Rappelés en 1956, ils rédigent à leur retour des « Documents sur l’Algérie », dénonçant les dérives de la « pacification ». Leur texte, étouffé, ignoré, méprisé, ne ressurgit de l’ombre que près de 45 ans plus tard.

– Charles Silvestre qui avait coordonné l’écriture et la publication du texte collectif intitulé « La torture aux aveux ».

Un très grand moment de dialogue et d’émotion.

Juin 1957, je vais avoir 18 ans, mais je ne sais rien de Maurice Audin.

Je ne sais pas que ce brillant mathématicien, membre du PARTI COMMUNISTE ALGERIEN, interdit en 1955, qui a 24 ans, a été enlevé par les paras, puis torturé et assassiné, et que son corps ne sera jamais retrouvé.

Je ne sais pas qu’une jeune femme, fluette, mère de 2 jeunes enfants, va se lancer dans une démarche éperdue : exiger des autorités de savoir ce qu’est devenu son mari.

Je ne le sais pas parce que la presse dans son ensemble ne fait pas état de cette affaire ni des instructions données aux militaires dans la chasse aux terroristes ou aux traîtres.

Je ne sais pas que le mot interpellation/arrestation égale bien souvent détention qui égale interrogatoire « poussé » puis égale élimination puis égale enfin disparition matérielle de toute trace.

Je ne sais pas que de tels ordres sont édictés en clair jusqu’aux échelons supérieurs de la hiérarchie mais qu’ils restent dissimulés aux échelons inférieurs à qui ne sont transmis que des ordres oraux par radio ou téléphone qui ne laissent aucune trace.

Je ne le sais pas parce que, si j’écoute « Salut les copains », je ne lis pas les journaux ou les revues de l’époque :

– L’HUMANITE qui évoque la disparition de Maurice Audin le 4 juillet, puis en première page le 13 Août et rapporte la lettre de Jacques Duclos à Bourgès-Maunoury alors président du Conseil, qui pose la question « Qu’est devenu Maurice Audin ? »

– OUEST-FRANCE, qui parle des exactions commises sur les populations,

– ESPRIT, FRANCE OBSERVATEUR, L’EXPRESS, TEMOIGNAGE CHRETIEN ni les publications des éditeurs Jérôme LINDON et François MASPERO.

Imaginez alors le cran, l’audace, l’énergie, le courage de Josette, adjointe d’enseignement au Lycée Gautier d’Alger qui va porter plainte contre X pour homicide volontaire.

Imaginez le réseau de soutien qui se constitue autour d’elle et qui deviendra le Comité Audin (il y en aura 2) auquel participent de grands intellectuels.

Mais en 1959 j’ai 20 ans, je suis étudiant à Rennes, je milite pour la Paix en Algérie, nos manifestations sont sévèrement réprimées, le journal L’Humanité est censuré ou saisi à de multiples reprises, je sais donc, parce que c’est une préoccupation pour nous, que :

  • à la demande des avocats de Mme Audin, l’instruction est transférée à Rennes en avril 1959,
  • elle n’est pas terminée à la fin de la guerre (mars 1962).

En avril 1962 un non-lieu sera prononcé, pour insuffisance de charges.

Il faut savoir alors que le décret du 22 mars 1962 amnistie « les faits commis dans le cadre des opérations de maintien de l’ordre dirigées contre l’insurrection algérienne ».

Au pourvoi formulé par les avocats de Josette Audin, en 1966, la Cour de cassation répond que les faits allégués par la partie civile sont amnistiés par une loi du 17 juin de cette même année.

En 1985, une autre loi d’amnistie réhabilite les officiers putschistes et le réintègre dans l’armée.

Ironie ou double langage, cette loi y associe ceux qui se sont opposés au putsch. De Bollardière refuse la mesure.

Quand le général Aussaresses  reconnaît avoir ordonné au lieutenant Charbonnier d’interroger Maurice Audin, Josette Audin dépose une plainte pour séquestration et crime contre l’humanité.

De nouveau, un non-lieu est prononcé .

Aujourd’hui, la longue démarche de Josette AUDIN a enfin abouti. C’est aussi une étape dans le long combat du journal L’Humanité.

Ni Jacques Chirac ni Lionel Jospin n’avaient pris au sérieux « L’Appel des Douze ».

A leur suite, Nicolas Sarkozy avait été méprisant, ne répondant même pas à la lettre que Josette Audin lui avait adressée en 2007.

Mais en 2012, François Hollande se rend à Alger devant la stèle érigée à Maurice Audin, il fait lancer des recherches au Ministère de la Défense sur les circonstances de sa mort.

Puis, en 2014, le même François Hollande, dans un message adressé à l’occasion du prix de mathématiques Maurice-Audin, reconnaît officiellement pour la première fois au nom de l’État français que Maurice Audin ne s’est pas évadé, qu’il est mort en détention, comme, explique-t-il, les témoignages et documents disponibles l’établissent.

En 2018, L’Humanité rend publique la lettre ouverte au Président de la République signée par une cinquantaine de personnalités, demandant la reconnaissance officielle des sévices subis par Maurice Audin et de son assassinat par l’armée française.

Nous connaissons la suite qu’a donnée Emmanuel Macron à la mobilisation conjuguée de Cédric Villani député LREM et de Sébastien Jumel député PCF et nous nous en réjouissons tous.

Le PARDON D’ÉTAT que prononce le Président de la République est celui qui reconnaît et conforte la contribution des historiens qui, depuis des années, apportent les preuves de cette douloureuse réalité.

Il dépasse largement l’amnistie de la guerre d’Algérie ou au moins sa phase d’amnistie pénale qui avait accompagné un moment de transition majeure de l’histoire des Français.

Si se délivrer, psychologiquement, d’un passé pesant est toujours nécessaire et utile, le pardon d’Etat est bien autre chose qu’un désarmement momentané du conflit national, n’en déplaise à Eric Zemmour et à tous ceux qui vont aboyer avec lui.

Rappelons-nous cependant, que si Maurice Audin a été assassiné, c’est bien parce qu’il était un militant de la cause algérienne.

Ni la compassion, ni le soulagement qui sont les nôtres, ne doivent occulter cette vérité.

L’affaire Audin a été le « front primordial » dans la lutte anticoloniale, « une sorte d’étendard », comme le souligne Alain Ruscio.

Car c’est pour ces idées-là, ne l’oublions pas, qu’il est mort, il y a 61 ans !

Au-delà du pardon d’état qui ouvre d’autres perspectives, à nous tous de faire en sorte que le sens du combat de Maurice AUDIN ne soit pas écrasé par le poids du monument qu’on lui élève.

Je vous remercie d’observer quelques secondes de silence en sa mémoire et en soutien à ses proches.

1958 : guerre coloniale, putsch et Cinquième République.

le-lieu-uniqueHuma-café® numéro 123 vendredi  21 septembre 2018, à 18h, au Lieu Unique (Foyer haut). Rencontre avec Gilles Thévenon, animée par Pierre Daguet.

Il y a 60 ans, alors que la France poursuit la guerre en Algérie, des menées putschistes vont ébranler l’édifice institutionnel et porter au pouvoir Charles de Gaulle. Immédiatement, celui-ci obtient du Parlement de faire procéder à la rédaction d’une nouvelle constitution, qui sera approuvée par référendum à presque 80%, et promulguée en octobre. Cette constitution, rédigée sans passer par le travail d’une assemblée constituante, a dès ses débuts connu une vive opposition, notamment quant au poids important accordé à l’exécutif, ainsi qu’au rôle prépondérant du président. Alors qu’une nouvelle réforme constitutionnelle se prépare, nous reviendrons aux origines de la Cinquième République.

gilles thevenonHistorien diplômé de l’IEP de Lyon, diplômé d’études approfondies en sociologie électorale, Gilles Thévenon est maître-assistant de la Faculté de droit et à la Faculté de Lettres modernes de l’université catholique de Lyon (UCLy). Il est l’auteur de trois livres aux éditions Chronique sociale : Histoire des Constitutions. Vie politique française 1789 à 1958 ; La Cinquième République. Vie politique française ; Les partis politiques. Vie politique française.