Huma-café® n°149. 17 juin 2022 (18h). Rencontre avec Laurence De Cock, agrégée d’histoire et de géographie et docteure en sciences de l’éducation.

Jamais le démantèlement de l’école publique n’aura été aussi brutal que sous le mandat présidentiel d’Emmanuel Macron. De la maternelle à l’université, ce sont les enfants des catégories populaires qui en paient le prix fort. En face, la résistance est faible. Doit-on y voir la perte du sens de l’école publique ? Si la démocratisation scolaire n’a jamais tenu toutes ses promesses, faut-il en abandonner pour autant les ambitions, sans lesquelles aucune émancipation sociale n’est possible ? Sur quelles bases refonder aujourd’hui une école au service des masses ? Les nuisances de l’idéologie néolibérale mais aussi la défiance grandissante à l’égard de la pensée rationnelle et critique autant qu’à l’égard des pédagogies de transformation sociale posent de nouveaux défis.

Huma-Café® n° 149. 20 mai 2022 (18h). Rencontre avec Lydie Salvayre, une autrice en lutte.

Avec plus d’une vingtaine de livres à son actif, Lydie Salvayre est une autrice qui compte dans le paysage littéraire contemporain. L’œuvre, très diverse, a quitté délibérément les parages de la neutralité et du consensus pour porter la voix des victimes du monde tel qu’il est. Ouvrier prématurément usé, transi devant la direction de l’entreprise, locataire insolvable insultant l’huissier de circonstance avec un retour jouissif sur les années quarante, groupe de jeunes marginaux infiltré par les RG, les protagonistes des romans de Lydie Salvayre, avec leurs fragilités, leurs maladresses, mettent en pleine lumière les dysfonctionnements d’une société qui n’a pas été faite pour eux.

En 2014, l’auteure recevait le Prix Goncourt pour Pas pleurer. Ce livre donnait à entendre deux voix relatives aux années de guerre civile espagnole : celle de l’écrivain Bernanos dénonçant l’Église fermant les yeux sur les horreurs perpétrées par les franquistes et celle de Montse, mère de la narratrice, revenue aux souvenirs enchantés de l’insurrection libertaire à laquelle elle s’était pleinement donnée.

Récemment, avec Rêver debout, Lydie Salvayre a interpellé Miguel de Cervantès lui-même, considérant avec force arguments que le sujet Don Quichotte avait été outrageusement maltraité, que l’ingénieux hidalgo méritait mieux que moqueries, bastonnades et autres vexations. La fausse ingénuité de ton et le second degré apportent une résonance très contemporaine au texte et démontrent magistralement la modernité décapante du grand auteur espagnol, ainsi que le désagréable sentiment que rien ne change fondamentalement…

Ainsi, c’est à l’image d’un Don Quichotte actuel que Lydie Salvayre pourfend sans relâche les moulins à vent de l’injustice et dénonce haut et fort, avec les armes fragiles de la littérature, les travers du monde.

Huma-café® n° 148. 8 avril 2022 (18h). Territoires post-COVID en Loire-Atlantique, entre « gouvernance » et tensions. Rencontre avec Jean-Yves Martin, géographe, ancien élu municipal, auteur de plusieurs livres dont le dernier paru Paysages, Pouvoir et Colères du Sillon à l’Estuaire (éd. du Petit Pavé).

Urbains ou ruraux, périurbains, rurbains ou néoruraux, en tant qu’habitants, nous sommes définis par l’espace qui nous entoure, espace produit par notre société. Or, il a beaucoup été question, avec la pandémie et ses conséquences économiques et sociales, de recherches de nouveaux modes de vie, de nouvelles manières d’habiter liées au télétravail, à un besoin de nature, de la contrainte de circuler à moindre coût énergétique… Ces tendances qui se sont fait jour peuvent-elles être durables et profondes ? Les responsables des collectivités territoriales sont-ils en capacité d’entendre ces nouvelles exigences ? Quelles pourraient être les conséquences à plus long terme sur les politiques publiques ?

Huma-café® n° 147. 18 mars 2022 (18h). Cessera-t-on de bafouer de droit de chacun.e à bénéficier d’un toit ? Carte blanche à Philippe Gallis (Droit Au Logement 44).

Plusieurs millions de personnes souffrent en France du non et mal logement. Triste constat qui se décline en différentes problématiques qui toutes montrent qu’il y a rupture d’égalité et de justice sociale face à l’habitat.

La crise sanitaire, ajoutée aux politiques ultra-libérales, fragilise les ménages modestes, les plus vulnérables sur la question du logement,  jetant parfois certains à la rue.

Face au scandale, à l’urgence, n’y a-t-il pas d’autres solutions que l’humanitaire et le caritatif ?  Peut-on réellement penser une politique du logement pour tous et toutes ? Une politique qui prônerait la définition d’un « logement d’usage » qui s’opposerait ainsi à sa dimension purement  spéculative ?

Huma-café® numéro 146 Vendredi 21 janvier 2022 à 18h au Lieu Unique. Quelle place pour le soin dans l’hôpital de l’après-covid ?

Rencontre avec les professeurs Cécile Vigneau, chef de service de néphrologie au CHU de Rennes et Philippe Bizouarn, anesthésiste-réanimateur au CHU de Nantes, tous deux membres du Collectif inter-hôpitaux. Présentation : Patricia Lemarchand, Professeure des Universités – Praticien Hospitalier/pneumologue.

Paris, le 16 juin 2020. Comme partout en France, plusieurs milliers de médecins, aides-soignants et infirmiers ont manifesté entre le Ministère de la Santé et l’esplanade des Invalides pour rappeler le gouvernement à ses promesses sur l’hôpital, en plein « Ségur de la santé ». Des gilets jaunes se sont joints au cortège (Photo : Vincent Jarousseau)

Pendant plus d’une année, le personnel hospitalier s’est très fortement mobilisé pour dénoncer l’état de dégradation du service public de santé, sans que cela ne fasse réagir nos dirigeants. Il aura fallu la crise du covid 19 pour entendre quelque considération de la part du gouvernement, mis brusquement

devant une réalité résultant de vingt ans de politiques de réduction des coûts, de suppressions de lits, de fermetures de services et d’hôpitaux, d’embauches insuffisantes… Le véritable tournant attendu par les citoyens en faveur d’un hôpital public débarrassé d’une gestion de plus en plus contraignante arrivera-t-il ?

Huma-café® numéro 145 Vendredi 17 décembre 2021, à 18h, au Lieu Unique. Autonomie et auto-défenses féministes. Les luttes contre les violences et dominations multiples. Rencontre avec Françoise Vergès, réunionnaise, politologue et autrice.

Françoise Vergès est l’autrice, notamment, de Une théorie féministe de la violence. Pour une politique antiraciste de la protection (2020) et de Un féminisme décolonial (2019).

Pourquoi le terme « féministe » est-il librement approprié à la fois par l’extrême droite, la gauche et le capitalisme néolibéral ? Comment mettre l’antiracisme, l’anti-capitalisme et l’anti-impérialisme au cœur des luttes des femmes ? Que signifient les droits des femmes dans un contexte d’accroissement des inégalités et de la vulnérabilité ? Comment repenser les stratégies de protection afin que cette dernière ne soit pas aveuglement confiée à des institutions qui contribuent à l’accroissement des vulnérabilités, des injustices et des inégalités – police, tribunal, État ? Comment répondre aux violences qui ravagent les corps des femmes, des vulnérables et la planète ?

René Vautier, mémoire vivante.

Huma-café® numéro 144 vendredi 19 octobre 2021, à 18h, au Lieu Unique. Projection du film Châteaubriant, mémoire vivante (1985). Présentation : Loïc Le Gac, membre du Comité Départemental du Souvenir des Fusillés de Châteaubriant de Nantes et de la Résistance en Loire-Inférieure.

Avec Châteaubriant, mémoire vivante, René Vautier revenait sur l’exécution, à Châteaubriant, de 27 résistants livrés aux nazis en représailles de l’exécution, à Nantes, du Lieutenant-colonel Hotz, responsable des troupes d’occupation du département de Loire-Inférieure. C’était en 1941, il y a 80 ans. Réalisé en 1985, le film a été coécrit par Fernand Grenier, passé par ce même camp, dont il s’était évadé.

René Vautier nous a quittés en 2015 mais ses films continuent de témoigner. Entré dans la Résistance à 15 ans, adhérent du Parti Communiste, René Vautier a réalisé de nombreux films engagés, dont Avoir vingt ans dans les Aurès, sur la guerre d’Algérie. Poursuivi, emprisonné, censuré, ce grand militant de l’anticolonialisme, a été tour à tour directeur du Centre audiovisuel d’Alger, secrétaire général des Cinémas populaires, participant au mouvement des cinéastes-ouvriers Medvedkine, fondateur d’une société de diffusion indépendante… Il fut aussi membre de l’Huma-café®. Nous ne l’oublions pas.

Le programme commun de la gauche : 50 ans plus tard…

Rencontre avec Christophe Batardy, docteur en histoire contemporaine.

Huma-café® numéro 143 vendredi 08 octobre 2021, à 18h, au Lieu Unique.

La récente thèse en Histoire de Christophe Batardy revient sur une décennie (71-81) qu’on se représente un peu vite comme une période d’Union de la gauche préparant l’élection de François Mitterrand à la tête de l’état français, oubliant quelque peu que l’Union s’était faite autour d’un Programme. Quel était le véritable rapport de force entre le PC, le PS et le MRG de l’époque ? Quelles étaient les divergences et comment trouva-t-on des compromis ? Malgré les divergences, la volonté de « Changer la vie », de « Changer de Cap » était bien partagée et bien engagée dans une lutte commune pour l’hégémonie culturelle, qui représentait bien plus que l’accès aux postes-clés de la politique dans la France d’alors. Cinquante ans après la signature de ce programme, il convient de porter un regard différent de celui des militants de cette époque, souvent empreint tout à la fois de nostalgie – les bons mots de Georges Marchais à la télévision et la remontée de la rue Soufflot par François Mitterrand en mai 1981 – mais aussi d’amertume avec la rupture en septembre 1977 puis le « tournant » de la rigueur en 1983. Ces travaux d’historien sont peut-être l’occasion d’éclairer les difficultés programmatiques et stratégiques actuelles entre partis de gauche.